Le Gabon veut changer d’échelle dans la manière de financer son développement. Les 2 et 3 septembre 2026, Libreville accueillera la première édition du Forum National de l’Épargne pour le Développement (FONED), une initiative portée par la Caisse des Dépôts et Consignations du Gabon. Derrière ce nouveau rendez-vous économique se dessine une ambition beaucoup plus large : faire de l’épargne nationale et de celle de la diaspora un véritable moteur de financement de l’économie gabonaise.
L’enjeu est considérable. Avec le Plan National de Croissance et de Développement 2026-2030, le pays prévoit près de 27 000 milliards de FCFA d’investissements au cours des prochaines années. Sur cette enveloppe, environ 18 000 milliards de FCFA devront provenir du secteur privé et des ressources nationales. Une équation financière qui impose au Gabon de regarder davantage vers ses propres capacités de mobilisation de capitaux.
27 000 milliards de FCFA : le défi du financement est lancé
Routes, logements, infrastructures, agriculture, énergie, industrialisation ou encore transformation numérique : les besoins de financement sont immenses. Et dans un environnement international où l’accès aux capitaux peut devenir plus coûteux et plus contraignant, la mobilisation de ressources domestiques apparaît désormais comme un enjeu stratégique.
C’est précisément le pari du FONED : faire sortir l’épargne de sa seule logique de précaution pour l’inscrire davantage dans une logique d’investissement.
L’idée n’est pas de tourner le dos aux bailleurs ou aux financements internationaux, mais de donner au Gabon une plus grande capacité à financer lui-même ses priorités. Une manière de renforcer sa marge de manœuvre économique tout en réduisant progressivement sa dépendance à certaines ressources extérieures.
La CDC veut faire de l’épargne un carburant de l’investissement
Au centre du dispositif se trouve la Caisse des Dépôts et Consignations du Gabon, institution appelée à jouer un rôle grandissant dans l’architecture financière nationale.
Sa mission touche précisément au cœur du débat : sécuriser des ressources, les inscrire dans le temps long et contribuer à leur transformation en financements capables d’accompagner des projets structurants.
À travers le FONED, la CDC entend aussi mieux faire connaître son fonctionnement, ses métiers, ses réalisations et surtout sa place dans le financement du développement national.
Banques, marché financier, pouvoirs publics, investisseurs, secteur privé, experts et partenaires internationaux seront ainsi appelés à réfléchir ensemble à la meilleure manière de construire une chaîne efficace allant de l’épargne à l’investissement productif.
Diaspora, logement, énergie, agriculture : l’épargne doit changer de dimension
Les échanges iront bien au-delà de la simple mobilisation de l’épargne bancaire classique.
La question de la diaspora gabonaise occupera notamment une place importante. Les capitaux détenus ou transférés par les Gabonais vivant à l’étranger représentent un potentiel financier encore insuffisamment structuré au profit de projets économiques de long terme.
Le logement, les infrastructures, l’agriculture, l’énergie, la digitalisation et l’inclusion financière seront également au cœur des discussions.
Six panels doivent permettre d’examiner l’ensemble de cette mécanique : collecte des ressources domestiques, souveraineté financière, financement du PNCD, mobilisation de la diaspora, transformation de l’épargne en investissement et nouveaux modes de distribution des produits financiers.
Le projet DIASDEV, conduit par la CDC avec plusieurs partenaires, fera également l’objet d’une restitution. L’objectif est désormais de passer de l’étude des mécanismes de mobilisation de l’épargne à des solutions susceptibles d’être effectivement déployées.
Passer des discours aux instruments financiers
C’est probablement là que se jouera la crédibilité du FONED.
Car le défi n’est plus seulement de démontrer que l’épargne nationale existe. Il faudra créer des produits accessibles, attractifs et suffisamment sécurisés pour convaincre ménages, entreprises et membres de la diaspora de placer une partie de leurs ressources dans des mécanismes destinés au financement du développement.
Le succès d’une telle stratégie reposera donc autant sur la confiance que sur la performance financière.
La digitalisation pourrait, dans cette perspective, devenir un accélérateur majeur. En élargissant l’accès aux produits d’épargne et en réduisant les barrières d’entrée, les solutions numériques peuvent permettre à une population beaucoup plus large de participer au financement de l’économie nationale.
Installer une nouvelle culture du financement au Gabon
À travers cette première édition, la CDC ne veut pas seulement organiser un forum supplémentaire. L’objectif affiché est d’installer dans la durée un rendez-vous national consacré au financement endogène et à la mobilisation de l’épargne.
Le message économique est clair : le développement du Gabon ne pourra pas reposer uniquement sur l’endettement, les recettes publiques ou les capitaux venus de l’extérieur.
Le pays dispose aussi de ressources financières internes qu’il doit apprendre à mieux identifier, sécuriser, agréger et orienter vers les secteurs créateurs de valeur.
Avec le FONED, le Gabon ouvre ainsi un chantier stratégique : celui de transformer l’argent épargné aujourd’hui en infrastructures, logements, entreprises, énergie et emplois demain.
Et derrière les 27 000 milliards de FCFA nécessaires au PNCD 2026-2030 se pose désormais une question centrale : quelle part du développement du Gabon les Gabonais eux-mêmes pourront-ils financer ?

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