Une bombe financière au cœur de la protection sociale
La CNAMGS devait protéger les plus fragiles ; elle est devenue une véritable passoire financière. À l’issue de 329 rapports d’audit réalisés dans plusieurs administrations publiques, la Cour des comptes met en lumière de graves défaillances dans la gestion du Fonds des Gabonais économiquement faibles et des évacuations sanitaires. Entre bénéficiaires indus, circuits financiers complexes et dépenses médicales impossibles à vérifier, le constat est accablant.
120 000 faux bénéficiaires dans le fichier des GEF
Sur environ un million de personnes enregistrées dans le fichier des Gabonais économiquement faibles, près de 900 000 bénéficient effectivement d’une prise en charge. Mais les auditeurs ont découvert 120 000 inscriptions indues. Le premier président de la Cour des comptes, Alex Euv Moutsiangou, dénonce sans détour la présence de « faux Gabonais économiquement faibles » au sein du dispositif.
Derrière ce chiffre vertigineux se cache une profonde injustice sociale. Chaque prise en charge accordée à un bénéficiaire illégitime détourne une partie des ressources destinées aux véritables familles vulnérables. Pendant que certains profitent frauduleusement du système, des malades réellement démunis peinent encore à accéder aux soins. La Cour des comptes réclame donc un assainissement immédiat et rigoureux du fichier.
L’argent des plus pauvres prisonnier d’un circuit complexe
Le financement du Fonds des GEF soulève également de sérieuses interrogations. Les ressources issues notamment des taxes sur la téléphonie mobile et les transferts d’argent transitent par le Trésor public avant d’être reversées à la CNAMGS. Ce mécanisme alourdit le circuit, fragilise la disponibilité des fonds et réduit l’efficacité de la prise en charge sociale.
Pour la Cour des comptes, cette organisation doit être revue afin de garantir un transfert plus direct, plus rapide et surtout plus transparent des ressources. L’argent prélevé pour soigner les populations vulnérables doit parvenir à sa destination sans lenteurs ni zones d’ombre.
Évacuations sanitaires : des milliards aspirés par un « trou noir »
Le scandale prend une dimension encore plus inquiétante concernant les évacuations sanitaires à l’étranger. « La CNAMGS, en réalité, ne sait pas ce qu’elle paye », a tranché Alex Euv Moutsiangou. Plusieurs prestataires étrangers transmettraient des factures insuffisamment détaillées, empêchant toute vérification sérieuse des soins réellement administrés aux patients.
Cette absence de traçabilité a contribué à l’accumulation de dettes impayées estimées à plusieurs milliards de FCFA. Un véritable « trou noir » financier dans lequel l’argent public est engagé sans que l’institution puisse toujours identifier précisément les actes médicaux facturés, leur coût réel ou leur justification.
Assainir la CNAMGS ou continuer à financer le désordre
Pour mettre fin à cette hémorragie, la Cour des comptes préconise une refonte complète du système d’évacuation sanitaire. La CNAMGS devrait pouvoir négocier et signer directement des conventions avec les hôpitaux étrangers, afin de réduire les intermédiaires, encadrer les tarifs et contrôler chaque dépense.
La CNAMGS ne peut pas rester à la fois le bouclier social des Gabonais et une passoire pour les finances publiques. L’heure n’est plus aux simples constats : il faut identifier les responsables, supprimer les faux bénéficiaires et garantir la traçabilité de chaque franc dépensé. Derrière ces 120 000 inscriptions indues et ces milliards mal maîtrisés, ce sont les droits des véritables malades et des familles les plus pauvres qui sont directement sacrifiés.

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