Le choc provoqué par l’attaque au pétrole survenue au tribunal de Libreville continue de produire ses effets au sommet de l’appareil judiciaire gabonais. Trois mois après cet incident qui avait visé des greffiers du Tribunal de première instance, le ministre de la Justice, Augustin Émane, engage une profonde réorganisation sécuritaire des juridictions du pays. L’objectif affiché : protéger magistrats, personnels judiciaires et usagers dans un contexte de tension croissante autour des services publics judiciaires.
Au ministère de la Justice, plusieurs réunions de crise se sont tenues ces dernières semaines entre représentants syndicaux, responsables judiciaires et forces de sécurité. L’événement de février est désormais considéré comme un cas d’école. Une usagère avait pénétré dans les locaux du greffe civil avec deux bouteilles de pétrole et des allumettes avant d’asperger plusieurs agents. L’intervention rapide de témoins avait permis d’éviter un drame majeur, mais l’incident a durablement marqué les esprits au sein de la Chancellerie.
Sous la supervision d’Augustin Émane, le gouvernement prépare désormais un dispositif permanent de contrôle dans les palais de justice. Le Tribunal de Libreville servira de site pilote avant un éventuel déploiement à l’échelle nationale. Parmi les mesures envisagées figurent l’installation durable de détecteurs de métaux, le contrôle systématique des sacs, ainsi qu’un filtrage renforcé des visiteurs à l’entrée des bâtiments judiciaires.
Le ministère prévoit également de réguler les accès automobiles. L’entrée des véhicules dans l’enceinte du Palais de justice devrait être soumise à une vignette sécurisée délivrée par l’administration judiciaire. Magistrats, avocats et personnels habilités pourraient bénéficier de ce dispositif, tandis que les forces de défense et de sécurité conserveraient un accès facilité.
Reste une interrogation centrale : comment renforcer la sécurité sans transformer les tribunaux en espaces de tension permanente ? Cette question alimente les discussions en interne. Les autorités veulent éviter qu’un excès de contrôles ne ralentisse le fonctionnement quotidien d’institutions déjà confrontées à d’importants défis administratifs. Mais au sein du ministère, plusieurs sources affirment que la décision politique est désormais arrêtée et que les nouvelles mesures devraient entrer en application dans les prochaines semaines.

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