Le temps des simples promesses est terminé
Le géant australien Fortescue affiche sa détermination, mais Libreville fixe désormais ses lignes rouges. Réunis lundi 28 septembre 2026 au Palais des Congrès Omar Bongo Ondimba, l’État gabonais et les responsables du groupe minier ont passé au crible l’avancement du projet de fer de Belinga. Derrière les discours diplomatiques, le message du gouvernement est sans ambiguïté : ce chantier stratégique devra servir les intérêts du Gabon, créer de la valeur sur le territoire national et respecter scrupuleusement l’environnement.
Fortescue met sa parole sur la table
Face aux membres du gouvernement, aux experts et aux partenaires internationaux, le président de Fortescue, Dr Andrew Forrest, a voulu dissiper les doutes. « Une chose est certaine : ce projet sera réalisé. Il sera efficace et il sera sûr », a-t-il martelé, assurant que ses équipes et l’ensemble des parties prenantes étaient pleinement mobilisés. Une déclaration forte, alors que le développement de Belinga exige des investissements considérables, une organisation logistique complexe et une parfaite coordination entre les différents acteurs.
Mais Libreville ne veut plus se contenter d’engagements solennels. L’État entend surveiller chaque étape du processus : calendrier d’exécution, maîtrise des coûts, sécurité des opérations, respect des obligations contractuelles et protection des populations. Andrew Forrest a lui-même reconnu que la préservation de l’environnement et des communautés devait rester une priorité absolue.
Le Gabon ne veut plus être un simple fournisseur de minerai
Pour le vice-président du gouvernement, Hermann Immongault, Belinga ne peut pas devenir une nouvelle machine à extraire les richesses gabonaises avant de les expédier brutes à l’étranger. Le projet doit accélérer la transformation locale du minerai, développer les infrastructures, créer des emplois durables et permettre aux Gabonais d’acquérir les compétences nécessaires pour occuper les postes stratégiques de l’industrie minière.
« Le Gabon est dans une trajectoire où il entend mettre un soin particulier à favoriser la transformation locale de ses ressources, à développer les compétences de ses filles et de ses fils », a rappelé Hermann Immongault. Le choix des partenaires ne se fera donc plus uniquement sur leur puissance financière, mais également sur leur capacité à accompagner l’ambition industrielle du pays dans la durée.
L’expertise étrangère, oui ; l’abandon de souveraineté, non
Le véritable bras de fer se joue autour de la maîtrise du projet. Fortescue dispose de l’expertise technique et des capacités opérationnelles nécessaires, mais l’État gabonais refuse de devenir un simple spectateur sur son propre territoire. Libreville veut conserver une participation réelle, un pouvoir de contrôle et une influence déterminante sur les décisions qui engageront l’avenir de Belinga.
Hermann Immongault a ainsi appelé à trouver un équilibre entre la puissance industrielle du partenaire australien et « la maîtrise stratégique ainsi que les intérêts de long terme de l’État gabonais ». Le futur partenariat devra être économiquement solide, juridiquement clair, transparent et politiquement soutenable. Autrement dit, aucune zone d’ombre ne devra subsister sur les responsabilités, les revenus, les investissements ou les retombées attendues.
Belinga doit devenir une locomotive, pas une mine de plus
Belinga dépasse largement la seule exploitation du fer. Emplois, formation, routes, énergie, infrastructures ferroviaires, transformation industrielle et développement des territoires : le projet porte une partie des ambitions économiques du Gabon. Son intégration au Plan national de croissance et de développement confirme la volonté de faire du secteur minier un moteur de diversification, au-delà de la dépendance historique au pétrole.
Fortescue assure que Belinga verra le jour. Libreville répond que le projet devra avancer selon les règles, les priorités et les intérêts du Gabon. La promesse est désormais publique ; le contrôle sera permanent. Car pour l’État gabonais, une ligne est clairement tracée : le minerai peut quitter le sous-sol, mais la richesse, les emplois et la valeur ajoutée doivent enfin rester au pays.

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