Ce vendredi 11 novembre 2022 s’est tenu à la Présidence de la République Gabonaise, la 3ème édition du Prix Agathe Okumba d’Okwatsegue, une initiative de la Fondation Sylvia Bongo Ondimba pour la famille qui vise à «distinguer une personne ou une association gabonaise qui, à travers ses actions, contribue à promouvoir les droits des femmes au Gabon». Placé sous le thème de l’égalité des genres en milieu scolaire, cette troisième édition a vu la participation du Chef de l’État, du Chef du gouvernement, des membres du gouvernement ainsi que la Première Dame qui a délivré un message très engagé lors de sa prise de parole. Découvrez ci-dessous l’intégralité de son allocution.
Excellence,
Mesdames et Messieurs,
《 C’était le 28 septembre 2022. Quelques jours après la rentrée des classes.
Un élève de 16 ans s’autoproclame chef de classe et s’arroge le droit de rouer de coups un de ses jeunes condisciples qui avait refusé d’obéir à son injonction de se mettre à genoux.
Cet acte a lieu dans une salle de classe. Devant de nombreux autres élèves…S’ensuit une étape de mise en scène où l’agresseur assène de nouveau des coups à sa victime et se fait filmer pour publier sa barbarie sur les réseaux sociaux.
Le 23 avril 2022, c’était un jeune collégien de 14 ans, en classe de 3ème, qui a vécu un véritable cauchemar pour avoir manifesté sa compassion envers un autre en essayant de mettre fin à une bagarre à la sortie des cours. Il se confie en ces termes « On m’a poignardé avec un stylo en fer, plusieurs fois au niveau des épaules. »
Je pourrais également citer ce parent d’élève qui, à bout de souffle, m’a envoyé un courrier désespéré relatant l’agression sexuelle dont était victime régulièrement sa fillette à la sortie de l’école. Ce père, ayant perdu confiance en nos institutions, a décidé de se saisir lui-même du prédateur pour mettre fin à ce crime.
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs,
Ces actes de violence ne se passent pas ailleurs. Ils se passent ici, chez nous, sous nos yeux et s’ajoutent à la longue liste déjà énumérées par ceux qui m’ont précédée.
Force est de le constater : les écoles gabonaises et leurs environs ne sont pas des espaces sécuritaires et d’épanouissement de nos enfants. On y relève diverses manifestations de violence, qu’elles soient de nature sexuelle, verbale, physique, psychologique ou économique.
Ces violences sont la source d’innombrables inégalités qui risquent de mettre en péril l’avenir de nos enfants, et particulièrement celui des jeunes filles.
C’est la raison pour laquelle ma Fondation a décidé de consacrer cette troisième édition du Prix Agathe Okumba d’Okwatsegue à la promotion de l’égalité des genres en milieu scolaire.
Le Gabon est l’un des rares pays d’Afrique à garantir l’accès paritaire à l’école au niveau national, la scolarisation des filles étant même légèrement supérieure à celle des garçons du pré-primaire au collège.
Les grossesses précoces, qui concernent près de la moitié des filles âgées de 15 à 19 ans, les violences, le harcèlement, sont autant de facteurs responsables du décrochage scolaire et de l’absentéisme des filles.
En effet, plus de 50% des élèves-mères redoublent ou abandonnent l’école l’année de leur première grossesse.
Autres aberrations : Selon l’enquête réalisée dans le cadre de l’élaboration de la Stratégie Gabon Égalité, 9% des auteurs de ces grossesses sont des enseignants et des encadreurs.
20% de ces grossesses sont causées par le phénomène qu’on appelle, par euphémisme, « le placement » (…) mais qui en réalité n’est qu’une forme de prostitution et de proxénétisme entre les élèves.
Il ne s’agit pas, aujourd’hui, de savoir à qui jeter la pierre. Notre responsabilité est collective.
Parent, enseignant, personnel d’encadrement, ministre, parlementaires, Président, chacun de nous a un rôle à jouer pour mettre fin à ce fléau.
Il nous revient, de manière collective, de veiller à ce que l’école demeure le lieu par excellence d’apprentissage aussi bien du savoir-faire que du savoir-être, ainsi que des comportements sociaux positifs.
Je voudrais saluer les mesures fortes mises en place par le Gouvernement sous le leadership de Madame le Premier Ministre, à travers le programme Gabon Égalité, en vue de promouvoir et de garantir l’égalité des genres.
Toutefois, il me paraît primordial d’aller plus loin, tous ensemble, aussi bien dans la prévention que dans la répression des actes de violence afin de créer et maintenir un environnement d’apprentissage dans lequel la violence n’est pas tolérée.
De notre capacité à trouver des réponses adaptées et pérennes à ces problématiques dépendra notre futur.
N’oublions pas que les agressions que subit un élève durant sa scolarité peuvent avoir des répercussions sur l’homme ou la femme de demain. Il sera davantage prédisposé à connaître des problèmes d’intégration et d’adaptation sociale.
Tout comme ceux qui sont les auteurs de ces actes. De tels comportements peuvent être les signes annonciateurs d’autres maux beaucoup plus profonds…En effet, comment expliquer qu’un élève puisse prendre plaisir à se mettre en scène en tant que bourreau ? Comment concevoir qu’un adolescent ou une adolescente devienne le proxénète de son condisciple ?
Nous devons réfléchir plus profondément à la prise en charge de ces jeunes auteurs de violence. En donnant la primauté aux mesures éducatives. En mettant en place un accompagnement psychologique, des lieux d’éducation spécialisée et surveillée. En manifestant une ambition sociale et politique, qui positionnerait la jeunesse comme porteuse d’avenir.
Je ne pourrais terminer mes propos sans adresser un vibrant hommage aux
associations qui travaillent au sein de nos communautés, souvent dans l’ombre, avec de très faibles moyens mais une grande motivation. Votre engagement est indispensable pour trouver des solutions concrètes et durables aux maux de notre société.
Le Prix Agathe Okumba d’Okwatsegue est le moyen pour nous de vous dire merci. Merci pour le rôle fondamental que vous jouez dans notre société. Un rôle de lanceur d’alerte, de gardien des droits, de garde-fou démocratique.
Je tiens à féliciter personnellement les vingt-six associations qui ont postulé cette année. Le choix des lauréats n’a pas été facile. Mais sachez que, quel que soit le résultat final, votre engagement envers ceux qui en ont le plus besoin est admirable et louable.
Vos actions nous inspirent à en faire davantage pour nos enfants, pour nos communautés et pour notre Nation.
Je vous remercie. 》
