Au Gabon, le rachat de Colas Gabon par Holding ACK S.A continue de susciter interrogations et analyses. Pour la première fois, Patrice Revangue Zavrosa, administrateur et directeur général de Mika Service, sort du silence et détaille les ressorts d’une opération à la fois stratégique et structurante. Dans un entretien direct, il éclaire les motivations profondes de cette acquisition et assume pleinement la vision industrielle qui la sous-tend.
D’emblée, il pose les bases de l’opération avec précision : « La Holding ACK reprend l’entièreté des activités, le personnel, le savoir-faire, le professionnalisme de Colas Gabon. » Une absorption globale qui dépasse la simple logique financière. Pour lui, il ne s’agit pas d’un rachat opportuniste, mais d’un choix stratégique clair : « L’objectif de ce rachat, c’est d’avoir ces intrants disponibles pour Mika Service, mais aussi disponibles pour les autres entreprises, PME gabonaises ou autres, qui solliciteraient la nouvelle entité pour ces besoins spécifiques. »
Face aux critiques évoquant une entreprise en perte de vitesse, Patrice Revangue Zavrosa ne contourne pas le sujet. Il reconnaît une réalité, tout en la replaçant dans une dynamique plus large : « Colas avait moins d’opportunités de marché, c’est vrai. Par contre, Mika Service a énormément de marchés. » Il insiste sur les raisons de cette différence : « Ceux-ci ont été donnés à MIKA Service en fonction de sa capacité de réaliser rapidement les travaux ; en fonction de la qualité des ouvrages que nous avons effectués. Il faut dire que nous avons gagné la confiance de l’État pour réaliser tous ces projets. »
Dans cette logique, le rachat apparaît comme une nécessité opérationnelle. L’entreprise, confrontée à un volume important de chantiers, devait sécuriser ses approvisionnements. Gravier, enrobés, béton : autant d’intrants essentiels désormais intégrés dans le périmètre du groupe. Quant à la question du passif, souvent soulevée dans ce type d’opération, le dirigeant l’aborde sans détour : « Dans toute société, il y a un actif et un passif. Ce qu’on achète en valorisant l’achat, c’est la balance entre les deux. »
Autre point de débat : les permis miniers de Colas Gabon. Certains y ont vu la véritable motivation de l’opération. Patrice Revangue Zavrosa nuance cette lecture, tout en reconnaissant l’intérêt stratégique de ces actifs : « Nous aussi, on aurait pu demander des permis d’exploitation au ministère des Mines. Mais le processus aurait été plus long. Il aurait fallu investir sur des centrales de concassage, sur des installations de carrières. Alors que là, tout est prêt. » Une manière d’admettre que ces permis constituent un accélérateur décisif, sans en faire l’unique raison du rachat.
Enfin, il conclut en rendant hommage à la vision portée au sommet du groupe : « Ce rachat a été fait grâce à la perspicacité d’Alain-Claude Kouakoua, qui a senti saisir cette opportunité que Colas voulait se recentrer sur d’autres marchés que le Gabon. » Derrière cette déclaration, une réalité se dessine : celle d’un acteur national qui consolide ses positions au moment où une multinationale se retire, redéfinissant ainsi les équilibres du secteur des travaux publics au Gabon.

Leave a comment