Il veut couper les privilèges au sommet avant d’alourdir l’effort à la base. Le député du deuxième arrondissement d’Akanda, Jean Gaspard Ntoutoume Ayi, a relancé, le 19 septembre, le débat sur l’avenir du système gabonais de retraite. Sa proposition est politiquement explosive : supprimer les régimes spéciaux accordés aux parlementaires et à certains responsables d’institutions, puis relever les cotisations pour financer des pensions plus élevées et plus durables.
Cinq ans de mandat, une pension à vie : le privilège de trop
Pour Jean Gaspard Ntoutoume Ayi, l’exercice d’un mandat parlementaire ou institutionnel ne peut devenir un passeport automatique vers une retraite financée à vie par les ressources publiques. « Les régimes spéciaux des retraites doivent être supprimés », a-t-il tranché. Derrière cette déclaration se trouve une question redoutable : comment demander des sacrifices aux travailleurs lorsqu’une poignée de responsables bénéficie de mécanismes dérogatoires après seulement quelques années de fonction ?
Le député conteste surtout le recours au budget de l’État pour financer ces avantages. À ses yeux, la retraite ne doit pas être payée par l’impôt, mais par les cotisations versées durant l’activité professionnelle. Dans un système par répartition, les actifs financent les pensions des retraités de leur secteur. Autrement dit, un ancien fonctionnaire doit recevoir une pension alimentée par les cotisations des fonctionnaires en activité, et non par une ponction générale sur les finances publiques destinée à préserver certains statuts privilégiés.
Faire tomber les privilèges avant de réclamer des sacrifices
La multiplication des régimes particuliers pour les parlementaires, les présidents des chambres et certains responsables institutionnels nourrit un profond sentiment d’injustice. Ntoutoume Ayi place donc ses collègues devant leurs responsabilités : accepteront-ils de voter la disparition d’un dispositif dont ils peuvent eux-mêmes bénéficier ? Une éventuelle proposition de loi transformerait ce discours en véritable test politique. Chacun devrait alors choisir entre la défense de l’équité et la protection de ses propres avantages.
Des cotisations plus fortes pour des pensions moins maigres
Mais supprimer les régimes spéciaux ne suffira pas à résoudre les difficultés du système. Le député plaide également pour une révision des taux et du plafonnement des cotisations. Son raisonnement est direct : aucune caisse ne peut durablement verser des pensions plus importantes sans recevoir davantage de ressources. Fort de son expérience à la CNSS dans les années 2000, il rappelle que le refus d’augmenter les contributions produit aujourd’hui ses conséquences sur le niveau des retraites. L’argent des pensions ne surgit pas par miracle : il provient nécessairement de l’effort contributif des actifs.
Cette hausse devra toutefois être précisément chiffrée et équitablement répartie. Une augmentation mal préparée réduirait le revenu disponible des salariés et pourrait alourdir les charges des employeurs, sans garantir automatiquement de meilleures pensions. La réforme devra donc s’accompagner d’une gestion transparente des caisses, d’un audit des engagements, d’une lutte contre les impayés et de garanties solides sur l’utilisation des cotisations supplémentaires.
Le Parlement face à sa propre cohérence
Jean Gaspard Ntoutoume Ayi ouvre finalement un débat que peu d’élus souhaitent porter : peut-on réformer les retraites sans commencer par supprimer les privilèges de ceux qui votent les lois ? Le défi sera double : mettre fin aux pensions d’exception et convaincre les travailleurs de cotiser davantage. Pour être acceptée, cette réforme devra respecter un principe simple : aucun sacrifice supplémentaire ne pourra être demandé aux Gabonais si les responsables publics refusent d’abord de renoncer à leurs propres avantages.

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