Le pari n’est plus seulement politique : il produit désormais du pétrole à grande échelle. Rachetée par la Gabon Oil Company, Assala Energy a franchi le seuil de 57 000 barils par jour, contre environ 45 000 au moment de son passage sous pavillon gabonais. Cette progression propulse la compagnie nationale au rang de deuxième producteur du pays, derrière Perenco, dont la production est estimée à près de 110 000 barils quotidiens. Une performance industrielle qui donne un premier argument solide à une opération autrefois présentée comme excessivement risquée.
De 45 000 à 57 000 barils : le pari commence à payer
Finalisé le 21 juin 2024, le rachat d’Assala Energy avait permis à l’État gabonais de reprendre le contrôle de six permis pétroliers majeurs. La GOC avait exercé son droit de préemption pour empêcher la cession de l’entreprise à Maurel & Prom, dans le cadre d’une transaction évaluée à environ 1,3 milliard de dollars. Assala produisait alors près de 45 000 barils par jour, soit déjà près du quart de la production nationale.
Le passage à 57 000 barils représente une progression d’environ 26,6 %. Cette hausse est d’autant plus significative que les actifs exploités sont constitués en grande partie de champs matures, naturellement exposés au déclin de leur production. La maintenance, la réhabilitation des infrastructures, la relance des forages et l’amélioration de la discipline opérationnelle semblent donc avoir produit des résultats concrets. L’État ne s’est pas contenté de racheter des réserves : il a, pour l’instant, réussi à augmenter leur rendement.
Le pétrole monte, mais la dette n’a pas disparu
Derrière cette performance se trouve toutefois un montage financier lourd. L’acquisition a été rendue possible grâce à l’appui du négociant suisse Gunvor, qui a accordé à la GOC un financement estimé entre 800 millions et plus d’un milliard de dollars selon les sources. En contrepartie, Gunvor a obtenu des droits sur la commercialisation du brut produit par les actifs d’Assala. La GOC avait annoncé un remboursement étalé sur cinq ans, à raison d’environ 20 millions de dollars par mois. Produire davantage constitue donc une nécessité industrielle, mais également une obligation financière.
Les 57 000 barils quotidiens ne suffisent pas, à eux seuls, à proclamer la victoire. Il faut encore connaître les coûts réels d’exploitation, les investissements nécessaires au maintien des champs, les intérêts liés à la dette, les volumes effectivement commercialisés et les revenus nets reversés à l’État. Une hausse de la production peut impressionner ; seule la capacité d’Assala à générer durablement des bénéfices permettra de déterminer si le rachat était économiquement rentable.
Après Assala, la GOC agrandit encore son empire
L’État gabonais a déjà prolongé cette stratégie en reprenant, en juillet 2025, les participations de Tullow Oil au Gabon. Cette nouvelle opération a été financée par un prêt de 220 millions de dollars accordé par Gunvor, complété par 87 millions de dollars mobilisés directement par la GOC. La compagnie nationale consolide ainsi son poids dans le pétrole gabonais, mais augmente simultanément son exposition financière.
Assala Energy entre donc dans l’heure de vérité. L’envolée de sa production constitue un succès opérationnel incontestable et démontre que le Gabon peut gérer un actif pétrolier majeur. Mais le véritable triomphe ne se mesurera pas seulement en barils : il se mesurera en dette remboursée, en bénéfices nets, en emplois nationaux et en argent réellement versé au Trésor. Le pétrole coule davantage ; il faut maintenant prouver que la richesse, elle aussi, reste au Gabon.

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